GlaselL’annuaire des vignerons d’Alsace
Le registre/Le carnet

Comprendre · 08.07.2026

Vendanges tardives et sélection de grains nobles : ce que disent vraiment les deux mentions

Sur une étiquette alsacienne, deux mentions font monter le prix et baisser la production : vendanges tardives et sélection de grains nobles. Ce ne sont pas des arguments de vente laissés à l'appréciation du vigneron. Ce sont des mentions réglementées, créées par le décret du 1ᵉʳ mars 1984, dont les conditions figurent au cahier des charges de l'appellation.

Le principe : attendre

Les deux mentions désignent des raisins récoltés bien après le reste de la vendange, quand le sucre s'est concentré dans la baie. Pour les vendanges tardives, c'est le passerillage : le raisin se dessèche sur pied. Pour la sélection de grains nobles, c'est le Botrytis cinerea, la pourriture noble, qui perfore la peau et concentre le jus.

Attendre, c'est prendre un risque. Une pluie, une grêle, un coup de gel, et la récolte est perdue. Il faut aussi passer plusieurs fois dans les rangs pour ne cueillir que les baies prêtes. C'est ce qui explique les volumes, et les prix.

Les seuils, en grammes

La réglementation ne parle ni de goût ni d'intention : elle fixe une richesse minimale en sucre dans le moût, mesurée en grammes par litre, et un titre alcoométrique volumique naturel minimal.

Cépage Vendanges tardives Sélection de grains nobles
Gewurztraminer, pinot gris 270 g/l, 16 % vol. 306 g/l, 18,2 % vol.
Riesling, muscats 244 g/l, 14,5 % vol. 276 g/l, 16,4 % vol.

Pour donner un ordre d'idée : un alsace blanc ordinaire se contente de 144 g/l. Un grand cru, de 170 à 195 g/l selon le cépage.

Les six cépages, et pas d'autres

Seuls six cépages y ont droit : riesling, gewurztraminer, pinot gris, et les trois muscats (à petits grains blancs, à petits grains roses, ottonel). La mention doit d'ailleurs être accompagnée du nom du cépage sur l'étiquette. Pas de sylvaner en vendanges tardives, pas de pinot blanc, pas de crémant.

Trois règles qui ne se négocient pas

La récolte est manuelle. Aucune machine, à aucun stade. C'est la condition même du tri par passages successifs.

Aucun enrichissement n'est autorisé. Le sucre doit venir du raisin, pas du sucrier. C'est la différence de fond avec un vin simplement moelleux.

Le vin attend. Il ne peut pas être commercialisé avant le 1ᵉʳ juin de la deuxième année qui suit la récolte. Une sélection de grains nobles vendangée à l'automne 2026 ne pourra donc pas être vendue avant juin 2028.

Oui, c'est compatible avec le grand cru

Un vin peut être à la fois grand cru et vendanges tardives : les deux cahiers des charges se superposent. Le rendement tombe alors à 50 hectolitres par hectare en vendanges tardives, et 40 en sélection de grains nobles.

Une seule exception connue, et elle est curieuse : sur le grand cru Kaefferkopf, à Ammerschwihr, le pinot gris est exclu des deux mentions. Les autres cépages du cru y ont droit.

Comment lire une bouteille

La mention est toujours accompagnée du millésime et du nom du cépage. Si vous lisez « vendanges tardives » sans cépage, ou sur un vin qui n'est ni riesling, ni gewurztraminer, ni pinot gris, ni muscat, quelque chose ne va pas.

Et si un caveau vous propose une sélection de grains nobles du millésime de l'an dernier, elle n'a pas le droit d'être dans la bouteille.


Sources. Les seuils, les cépages éligibles, l'interdiction d'enrichissement, la récolte manuelle et les délais d'élevage sont repris du cahier des charges des cinquante et une AOC Alsace grand cru (INAO, version en vigueur publiée au BO Agri du 15 janvier 2026) et du cahier des charges de l'AOC Alsace (INAO). La création des mentions par le décret du 1ᵉʳ mars 1984 est rappelée par le CIVA. Consultés le 8 juillet 2026.